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NOA et GIL DOR: l'interview exclusive !

Réalisée au Summum de Grenoble le Mercredi 3 Mai 2000
pour Radio Kol Hachalom par Michal et Eric

L'entretien intégral en hébreu traduit en français à écouter ici !


RKH: Ton nouvel album "Blue touches blue" est il un tournant dans ta carrière ou en est-il le prolongement naturel ?

NOA: Ca, je ne sais pas. C'est le public qui décidera. De mon point de vue, c'est une continuation, un développement naturel. C'est un disque plein de lumière et j'en suis très fière. Gil Dor et moi l'avons conçu ensemble mais il ne sera un tournant dans ma carrière que si le public le décide. De notre point de vue, c'est une réussite. On l'aime. C'est véritablement un développement, une prise d'envergure.

RKH: Quels sont les premiers échos auprès du public ?

NOA: On a beaucoup de bonnes critiques, mais rien d'hystérique... On ne fait pas une musique qui touche en une seconde des milliers de gens, c'est une musique faite pour grandir de jours en jours, de spectacles en spectacles.

Il y a des pays où il faut un peu plus travailler pour que la musique atteigne le public et je pense que c'est la manière naturelle d'évoluer quand on fait ce type de musique. On est vraiment honorés de pouvoir la transmettre au public ainsi.

RKH: Pourquoi est-il pratiquement complètement en Anglais ?

NOA: Il y a une chanson en Hébreu, une en Yéménite, une en Français et tout le reste est en Anglais. Je suis née en Israël et à l'âge d'un an, ma famille a émigré aux Etats-Unis, c'est pour cela que l'Anglais est ma première langue. Mon Hébreu est moins bon que mon Anglais. Quand j'écris, ma manière d'exprimer des sentiments poétiques profonds m'impose l'usage de l'Anglais.

Je vis en Israël depuis dix ans; au début, je chantais des chansons des autres, et puis avec le temps, j'ai commencé à écrire moi même des poèmes. Mais je n'ai rien fait de particulier pour arriver à atteindre un public international. L'Anglais fait partie de moi-même. Je le parle depuis toujours.

RKH: Et toi, Gil, écris-tu en Anglais ou en Hébreu ?

GIL DOR: Moi, je n'écris pas beaucoup, je suis Israélien donc je crée en Hébreu mais j'ai vécu plusieurs années aux Etats-Unis. L'anglais est ma deuxième langue parlée donc quand on travaille ensemble, on le fait dans les deux langues.

Ma contribution intervient généralement plutôt au niveau des poèmes en hébreu et de la musique.

RKH: Noa, on peut constater que lorsque tu t'exprimes en Hébreu tu n'as pas du tout d'accent américain.

NOA: Quand j'ai fait mon service militaire, j'avais encore un accent mais il a disparu avec le temps. En fait c'est une question d'oreille musicale. C'est pour cela que j'arrive à chanter en Français, en Italien, en Espagnol et même en Japonais... J'arrive assez bien à reproduire les sonorités de la langue, c'est une question d'oreille... Et c'est le cas aussi en Hébreu.

RKH: Il y a quelques jours, tu as chanté au Vatican la musique du film "La vie est belle" de Roberto Benigni devant le pape Jean-Paul II et ses fidèles. Comment se sent-on dans une pareille situation ?

NOA: C'est assez amusant mais c'est la deuxième fois que je me produis devant lui. Qui aurait pensé que je puisse dire un jour: "c'est la deuxième fois que je me produis devant lui"... Donc, je le connais, avec sa position penchée. La première fois j'étais plutôt excitée parce que j'avais pensé qu'il s'était endormi pendant que je chantais, et je me suis douté tout de suite de ce que tout le monde allait penser... mais non, maintenant je sais que c'est de cette manière là qu'il écoute.

C'est un homme âgé, il a dit la messe; puis il a fait un discours, il était sous le soleil... mais il écoute et il entend tout. Cette fois-ci, il était à côté de moi, je lui ai serré la main et je lui ai parlé, c'était très impressionnant. Il y avait aussi 400 000 spectateurs. C'est très excitant et stressant mais moi, je me débrouille bien dans les situations de stress donc j'arrive aussi a y prendre du plaisir.

GIL DOR: Il faut dire que quand le Vatican a invité Noa, cette manifestation populaire était organisée pour célébrer l'amitié entre les peuples et pour encourager l'annulation de la dette du tiers-monde... et puis aussi pour le jubilé du millénaire de l'Eglise catholique.

Comme c'était la veille du Yom Hashoah, nous leur avons proposé de chanter la chanson du film "La vie est belle", et de dire quelques mots. Ils ont été très contents et on a donc chanté juste après la messe du pape. Finalement, on a même chanté quatre chansons avant le début du Yom Hashoah. C'était émouvant.

RKH: Te ressens-tu ambassadrice d'Israël dans le reste du monde ? On pense par exemple à la reprise d'Imagine que tu as faite avec Khaled.

NOA: Je suis un peu ambassadrice malgré moi. C'est un grand honneur de représenter Israël de cette manière. Je chante et je fais de la musique et j'ai voulu la partager avec le plus de monde possible. Pour beaucoup de personnes, je suis le seul lien qu'ils ont avec Israël en dehors des actualités. Et évidemment, mieux vaut que les gens connaissent le coté artistique et musical d'Israël. Par ailleurs, on est soutenus par la société Magic, un important groupe informatique en Israël, et nous sommes donc heureux de venir ici à leurs côtés dire qu'en Israël, il y a aussi un grand développement de la musique et de l'informatique. C'est même l'avenir d'Israël. Il est bien préférable que les gens retiennent cet aspect là du pays et non ce qu'on leur montre a la télé. C'est pour ces raisons que l'on souhaite la paix: pour avoir tous une vie normale.

Pour revenir a la chanson avec Khaled, c'est tout simplement un petit symbole pour donner aux gens l'espoir de la paix.

RKH: Comment te ressens-tu aujourd'hui ? Israélienne, Américaine, citoyenne du monde ?

NOA: Je me sens Israélienne, comme on dit en anglais, Israélienne avec un "twist israélien". Israël vous permet de vous sentir facilement Israélien. En effet, il y a plein de gens venus de partout dans le monde, l'état est assez jeune, les langues coexistent, les cultures coexistent également donc on peut tout a fait être étranger et se sentir Israélien dans notre petit pays.

Plus généralement je dirais que tu te sens citoyenne de l'endroit ou tu reçois de l'amour et a ma grande joie, je me sens aimée et je donne de l'amour dans beaucoup d'endroits dans le monde, et c'est pour cela que je me sens à la maison dans beaucoup de pays du monde.

RKH: Y'a-t il un message politique dans ton travail artistique ?

NOA: J'ai beaucoup d'opinions politiques mais j'essaie de les exprimer, non par la musique mais plutôt séparément: dans des interviews avec la presse quand j'en sens le besoin et ce n'est pas tout le temps le cas... Quand il y a quelque chose d'urgent à mes yeux ou spécialement important alors je parle. Dans ma musique, les choses sont séparées, les émotions pénètrent la musique et les mots, mais de façon secrète et métaphorique... Je ne veux pas que mes chansons soient comme un journal.

Concernant le judaïsme, j'ai grandi dans une école religieuse, une Yeshiva à New York, c'étaient de belles années et à ce moment je voulais être religieuse. Quand je suis arrivée en Israël, je me suis éloignée de la religion, j'étais très déçue de la manière dont les gens se comportaient dans ce domaine; beaucoup de dommage est causé au judaïsme, d'abord du fait que la religion n'est pas séparée de la politique et ça c'est quelque chose de vraiment mauvais... Et d'autres choses qui arrivent en Israël et que tous les Israéliens connaissent bien... Je ne suis pas religieuse pratiquante mais je crois en D.ieu et je respecte tout et chacun avec sa religion. J'ai d'ailleurs une nouvelle chanson intitulée "Home made religion" et si on l'écoute bien on peut comprendre ma position a ce sujet...

RKH: Ta collaboration musicale avec Gil: comment travaillez-vous ensemble sur les chansons ?

NOA: C'est moi qui fait tout mais je suis ouverte aux changements. Gil contribue pour tout et on travaille ensemble. On est un peu comme un dragon à deux têtes.

RKH: Nous avons pensé à la chanson israélienne: "Comment une chanson née-t-elle ?" et on a eu envie de te poser la même question.

NOA: Elle née chez moi, l'idée vient de moi, le volcan explose chez moi et après, avec Gil, on travaille, on continue le long processus jusqu'à la fin de la chanson. C'est beaucoup de travail: les harmonies, la musique, on appelle cela "le voyage vers la vérité". On veut toujours y arriver et ça prend souvent du temps.

RKH: Comment gérez-vous ensemble le succès que tu reçois ? La renommée un peu moins importante de Gil ne crée-t-elle jamais de problèmes ?

GIL DOR: Cela pourrait poser des problèmes si je voulais faire une carrière mais le prix d'être au devant de la scène est souvent très cher a payer. Il y a beaucoup d'avantages à être en arrière. Avoir du recul c'est aussi plus relaxant. Je peux contribuer au travail de fond. La quantité d'amour que Noa m'apporte est importante: c'est elle qui me met si souvent sous les projecteurs. Ainsi, si je souhaite dans deux ou trois ans me lancer dans une carrière internationale, ce sera plus facile que pour un débutant parce que les gens me connaissent déjà. Les choses qu'on a faites ensemble, je sens qu'elles sont les miennes aussi, alors être moins connu que Noa ça me convient bien. En plus les gens l'arrêtent elle dans la rue, et pas moi!

RKH: Tu as travaillé avec de nombreux artistes francophones (Richard Cocciante et Luc Plamondon pour Notre Dame de Paris, Eric Serra pour Jeanne d'Arc, Florent Pagny pour un duo exclusif qui figure sur son Best Of...) quels sont les prochains

NOA: J'aime beaucoup d'artistes français, je n'ai rien de prévu mais si cela arrive, je les accepterai avec joie. On a chanté récemment avec I Muvrini à Paris et Lokua Kanza à Taratata alors oui, bien sur, je suis ouverte aux nouvelles collaborations artistiques.

RKH: Pour conclure, as-tu un message à transmettre aux auditeurs de Radio Kol Hachalom qui nous écoutent ?

NOA: On me demande souvent ce qu'on peut faire pour que la situation s'améliore du côté de la paix dans le monde. Je dirais que les gestes les plus petits peuvent changer les choses. Tout commence par l'attitude qu'on a soi-même avec sa famille, ses amis, la communauté... C'est un peu comme une pierre que l'on jette dans l'eau et qui fait de grandes et belles vagues. La mer serait si belle si chacun y jetait sa petite pierre. Amen.

Entretien intégral traduit de l'hébreu par Michal et retranscrit par Eric
© 2000 RKH Grenoble